Visiter le passé industriel de Montréal à l’imprimerie Lovell

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Le plaisir de voyager dans sa propre ville

J’ai enfin l’occasion de partager avec vous une découverte faite dans le cadre de ma formation. Comme vous l’avez peut-être déjà lu, depuis octobre, j’ai débuté un programme de huit mois à l’ITHQ pour devenir guide touristique de Montréal. En mai, je serai accréditée pour faire des visites et, soi dit en passant, j’ai vraiment très hâte de commencer!

Depuis le début du cours, j’ai le plaisir de découvrir ma propre ville. Maintenant, j’ai l’impression de voyager à chaque instant où je mets les pieds dans la rue. C’est une bonne chose. Ça calme mon désir de prendre l’avion à tout moment!

J’ai donc commencé à regarder tout autour de moi quand je me rends d’un endroit à un autre. Je m’intéresse aux noms des rues, je découvre des musées et des lieux que je n’avais jamais remarqués. Bref, j’apprends des tonnes de choses et j’ai envie de les partager ici, dans une série de billets qui vous fera découvrir Montréal.

La semaine dernière, j’ai eu la chance de faire un tour à l’intérieur du bâtiment de la compagnie Lovell litho et Publications inc., la plus vieille imprimerie de Montréal toujours en activité. L’édifice accueille également le musée de l’imprimerie du Québec. Un vrai retour dans le passé!

Une visite charmante
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L’imprimerie Lovell est située sur la rue St-Nicolas dans le Vieux-Montréal, on se sent à une autre époque quand on visite l’intérieur de ce bâtiment historique de l’époque industrielle. Derrière la porte d’entrée, on retrouve non seulement une imprimerie encore en fonction, mais également des objets et de la machinerie conservée sur place depuis un siècle et demi. Une vraie caverne d’Ali-baba.

La visite du musée se fait sans prétention, les guides bénévoles nous font la visite. Au deuxième étage, on entre dans le monde des typographes, ancêtre de notre Word actuel. Il est impressionnant d’apprendre qu’un bon typographe pouvait composer 600 caractères à l’heure. Sur place, Michel Desjardins, notre guide, fait un calcul rapide avec nous. Un tout petit livre ayant des lignes de 40 caractères, 30 lignes par pages et 430 pages… devait prendre environ 26 semaines (6.5 mois) de travail avant l’impression. Ouf.

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Au premier étage, Nelson Tousignant, ancien employé de Lovell, nous fait une démonstration d’impression avec la réplique d’une presse datant de l’époque de Gutenberg. On découvre aussi les presses industrielles avec lesquelles les journaux étaient imprimés.

Une imprimerie ancrée dans l’histoire montréalaise

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John Lovell, immigrant irlandais, arrivé à 12 ans à Montréal, a fondé en 1835 cette imprimerie. Plus de 175 ans plus tard, il est étonnant de constater que c’est son descendant de cinquième génération qui gère toujours l’entreprise.

L’imprimerie s’est principalement fait connaître par ses travaux dans les domaines de la littérature, des manuels scolaires et par ses célèbres Annuaires Lovell.

Avez-vous déjà entendu parler des annuaires Lovell? Pour moi, c’était la première fois. Après nous avoir montré le premier Montreal Directory datant de 1842, bien avant l’apparition du téléphone, j’ai eu la naiveté de demander « Alors, tout le monde recevait ça à la maison? » Dans ma tête de jeune adulte née en 1986, un annuaire, ça arrive à la porte de notre maison une fois par année. Petit rire partagé dans le groupe, suivi d’une petite gêne de ma part (pourquoi suis-je toujours aussi spontanée?). C’est alors que Justin Burr, guide réputé de Montréal, qui assistait lui aussi à la visite, m’a gentiment expliqué que non, l’annuaire Lovell servait surtout à faciliter la communication entre l’acheteur et le vendeur. On y retrouvait l’adresse des habitants, mais aussi leur profession. Ce n’était donc pas un outil que M. Tremblay utilisait pour connaître l’adresse de son ami Alphonse. Bien évidemment… Oups.

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Le premier imprimeur montréalais

Question quiz : Quel lien Benjamin Franklin peut avoir avec le développement de l’imprimerie à Montréal?

Tout d’abord, clarifions qui est Benjamin Franklin. Pour simplifier, disons que c’est un des pères fondateur des États-Unis, mais difficile de ne le réduire qu’à cette fonction, car il était aussi imprimeur, écrivain et inventeur, on lui doit le paratonnerre, les lunettes à double foyers et le poêle à bois. Bref, c’est grâce à Benjamin Franklin que Fleury Mesphlet arrive à Montréal. Et Fleury Mesphlet est le premier imprimeur de Montréal. D’origine française, Mesphlet vient s’installer à Philadelphie et il rencontre Benjamin. Pendant la guerre d’indépendance des États-Unis, des révolutionnaires américains (dont Franklin et Mesphelt) s’installent à Montréal dans l’espoir de rallier les Canadiens français à leur cause et ainsi faire un pied de nez à la couronne anglaise. Malheureusement, la tentative n’a pas fonctionné, mais Mesphlet décide de rester à Montréal et fonde le premier journal de la ville : La Gazette du commerce et littéraire.

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Le futur du musée

Cette visite est l’une des dernières visites qui aura lieu dans ce lieu empreint d’histoire. Effectivement, l’Imprimerie Lovell met fin à ses activités dans cet édifice aux milles et une histoires. Les causes ne sont pas dites à voix haute, mais nous pouvons imaginer qu’étant donné que le domaine de l’imprimerie n’est plus ce qu’il était et puisque le temps des annuaires semble révolu… les affaires sont plus difficiles.

Il s’agit donc d’une des dernières occasions de pouvoir visiter cette entreprise historique. Pour ce qui est du musée, il devra aussi déménager. Le déménagement est même commencé, mais vous avez encore jusqu’au 15 février pour y aller dans les locaux de l’imprimerie Lovell. Les irréductibles bénévoles du conseil d’administration ont un plan (d’affaires) et comptent réouvrir un musée d’ici deux ans. En attendant, leurs trésors seront dans un entrepôt de Boucherville.

Deux ans pour organiser son financement et trouver 9 millions de dollars. Si vous avez quelques dollars à donner ou si vous voulez simplement être au courant de la suite de ce musée, je vous invite à suivre leur page Facebook et même à vous proposer comme bénévole pour le déménagement du musée.

Vous voulez en savoir plus? Jetez un coup d’oeil à cette chronique de Jean-François Nadeau à l’émission 15-18 à Radio-Canada.

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